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Au collège, nous avons lu un texte qui parle du triste état du monde, tant sur les plans humains qu'écologiques.   En écoutant la voix pulpeuse de ma prof de français nous expliquer que l'homme, pour des raisons bassement économiques, est en train de vider la Terre de son jus, j'ai trouvé une nouvelle cause à défendre et, avec mes potes, j'ai décidé de mener des actions de choc pour faire savoir au monde qu'avant d'être un objet dont on profite sans conscience, notre planète est un sujet qu'il nous faut respecter et remercier pour tout ce qu'elle offre et tout ce qu'on lui prend.

Samedi dernier, Réginald, Rachid et moi, nous nous sommes retrouvés à l'entrée du supermarché du quartier et nous avons distribué aux consommateurs inconscients un tract où était reproduit un poème de combat composé par notre cher Carlos.

  Terre, notre mère,

  notre soeur et notre frère,

  Ils t'enterrent

  À coups de bulldozers.

  Dire notre colère

  Face aux misères,

  Contre les gangsters

  Nos phrases-revolver.

  Ils niquent l'Afrique

  Ils pillent l'Asie

  Scient l'Amazonie

  Arment l'Amérique.

  Coups de bottes

  En Europe

  Les fachos

  À nos portes.

  Les dictateurs économiques

  Vendent   de l'écologique

  Pour faire du fric

  Transgénique.

  Terre, notre mère,

  notre soeur et notre frère,

  Montre-leur ton derrière,

  Que ça les exaspère !

  Les consommateurs bouffons acceptaient notre tract d'un regard vide d'extraterrestre et il a fallu que Rachid et Réginald me retiennent de provoquer un scandale quand j'ai vu que l'un d'eux jetait notre mise en garde sur le trottoir à trois mètres de nous, sans même l'avoir lue.   En revenant à la maison, j'étais complètement survolté : devant ma mère et mon père, je me suis lancé dans un discours interminable.   Il fallait utiliser tous les moyens pour conscientiser le peuple, pour le libérer du joug des multinationales et des grands truands du commerce international soutenus par la mafia et par la pègre américaine.   Samedi, ni mon père ni ma mère n'ont réagi; ils se sont contentés de poliment m'écouter, installés confortablement dans leur salon bourgeois, occupés à siroter un jus de pêche.   Anne-Laure, qui est entrée dans la pièce alors que j'achevais mon monologue engagé, m'a observé pendant un instant avec, dans les yeux, un énorme point d'interrogation : à onze ans, que peut-elle saisir de la lutte des classes et des catastrophes écologiques qui menacent notre mère la Terre?   Enragé de n'être pas mieux compris, je leur ai refilé à chacun un poème de Carlos et je suis monté dans ma chambre.

Vidéo poisse, pp.10-12