Dans la forêt toute proche, la pluie a cessé de tomber. Sur
le toit du chalet aussi et, cependant, jai le sentiment quà
lintérieur, il pleut encore et quil ne finira jamais
de pleuvoir. Cest tout ça, la disparition de Véronique
: dix ans dexistence que la pluie doit copieusement nettoyer, laver
à grandes eaux, inonder en somme. Et, tout à coup, cette
métaphore inattendue : «Je suis le noyé de Noé».
Véronique est montée dans larche et je suis resté
en haute mer, en émergeant tumulte, virevoltant sans vigueur sur
les vagues de lâme. Dehors, il ne pleut plus, mais, à
lintérieur, il sagit bien de déluge.
Tu tues. Tu ten vas, Véronique. Trop vite. Et la vie vaine
virtuellement et réellement, la vie telle un navire qui navigue
sans nord, sans nécessité, soudain inutile. Au-dessus des
arbres, le ciel est sec et gris, comme un homme sans sève, comme
ces mers désespérantes parce quaucun vent ne les émeut.
extrait de Trois jours de pluie, © Éditions Memor,
2000.
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