L'assistant social, il se croit malin. Il n'arrête pas
de parler d'intégration, de relations. Qu'est-ce qu'il
rêve ? Monsieur K. et les gens comme lui, la société
n'en veut pas. Elle dit : Tu pues, le réfugié,
dégage, retourne dans ton pays ! Et il espère, ce
con d'assistant social, qu'avec des mots comme ça, K.,
il a envie d'aimer les gens. Mon pays, mec, je le connais même
pas. Je suis comme toi, made in Belgium, mais toi, ton nom, il sonne pas
comme Kalachnikov ou kung-fu. Alors, c'est facile de t'intégrer
! T'es comme eux, mec, c'est juste pour ça qu'ils
t'acceptent. Autrement, ils te chieraient comme moi. T'es
qu'une merde, retourne dans ton kolkhoze, casse-toi dans ton kibboutz,
dégage au Katanga, va y fumer ton kif, ici, on ne veut pas de K.
Racistes ! Kim, Karim, Kosta, Kalil, Kiko, Krysztof, Khader, Karl, Kenneth,
je dis plus mon prénom à personne pour qu'ils me collent
pas d'étiquette. Morceau de bravoure, ouais. J'ai demandé
à mes potes de me filer des prénoms en K pour écrire
une chanson.
J'ai pas de pays, mais tout le monde s'en fout. L'assistant
social, il dit que je dois respecter les autres, mais tu crois qu'ils
me respectent eux, en me traitant comme si je n'existais pas. Alors,
tu fumes, mec, puis, tu planes et ton pays, c'est tout le ciel. Faut
pas croire tout ce qu'ils racontent, elle est aussi à nous
la mappemonde. Et tu rappes, tu dérapes et tu frappes. Et tu rappes,
ta vie, comme tes idées, elle zappe. K., il s'éclate
en chantant. Et tu devrais voir le petit Mehmed lorsqu'il laisse
aller son corps sur le trottoir au rythme de la musique. Il a la pêche,
le môme ! Comme K. avant que Big Michel lui file les petites pilules
blanches.
extrait de Rue Josaphat, © Éditions Memor, 1999.
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