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Mardi 29 novembre, 19 H 45


Qui suis-je? Je désire plein de choses mais je suis incapable d'en parler. A qui pourrais-je d'ailleurs me confier? Personne ne m'écoute. Je suis perdue, je suis toute seule. Alors je pleure. Quand je sais qu'il n'y a personne pour me surprendre.
Ma famille. Que pourrais-je dire de ma famille? Il y a mes deux frères et ma petite sœur. Il y a ma mère et mon père.
C'est moi la plus grande; je me sens un peu responsable des autres. De Salima, ma petite sœur de six ans, de Mohamed, mon petit frère de sept ans mais aussi de Farid pour lui expliquer ses devoirs et ses leçons. Farid a treize ans, on pourrait mieux s'entendre s'il faisait parfois un effort pour me comprendre. Quand nous nous disputons, c'est souvent à lui que l'on donne raison. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu'il est un homme. Moi, chaque fois que je fais quelque chose, j’ai l’impression d’entendre : «Jamila, ce n'est pas bien, Jamila, tu es bête». J'en ai vraiment marre. La boucler,voilà toute ma liberté.
Je ne réussis pas vraiment à communiquer avec mes parents. Je les sens tellement différents de moi. Je ne peux comprendre que ma mère soit satisfaite de l'existence qu'elle mène : toujours à la maison à s'occuper de sa famille. Mon père, je le vois peu. Il travaille tout le temps et, quand ce n'est pas le cas, il boit du thé dans un bistrot avec ses amis.
C'est pour cela que j'ai décidé de tenir ce journal: pour dire mes peines et pour me réconforter. Mon journal à moi toute seule, mon journal à qui je ne cacherai pas mes secrets.


extrait de Journal de Jamila, © Éditions Labor, 2000.

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