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Dimanche 26 octobre

J’ai rêvé de Quasimoto. Je ne sais même pas à quoi il ressemble et je m’invente un trip avec lui. C’est tout moi, ça ! Je démarre au quart de tour ! Nous avons échangé quelques phrases, mais c’est ce qui s’est passé entre elles qui me semble important. Je suis émue, émue. C’est peut-être lui qui pourra changer ma vie plate en un chemin d’étoiles. «Quasimoto» ! Trop marrant et il ne s’est même pas fâché quand je lui ai sorti ça. Il aurait pu dire, genre Saïd, «Je me prénomme Michaël; pourquoi tu m’inventes un surnom à la con ?» Il est resté cool et ça me plaît. Seize ans, musclé, bronzé... Brouuuummm, il vient me chercher sur sa grosse moto et je file, accrochée à lui, jusqu’au bout du monde.

N’importe qui affirmerait que je délire grave. Mais j’aime rêver. Même quand ça n’aboutit à rien. C’est comme ça qu’on commence à écrire des romans !

Maman dirait :
— Salomé, c’est dangereux. On ne rêve pas de quelqu’un rencontré sur le web. Tu ne le connais pas, tu ne sais rien de lui, il peut te raconter n’importe quoi... Papa ajouterait :
— D’autant plus que, sur Internet, tu ne sais jamais vraiment à qui tu parles ! Imagine que celui qui se dit un beau mec soit une vieille concierge avec des poils au menton, ah, ah !
Ou un pédophile ! Ou un serial killer ! Ou une gouine ! Ou un taré qui infiltre les réseaux sociaux pour repérer ses proies ! Ou la mafia russe ! Si l’on commence à penser ainsi, on reste enfermé chez soi et on sort avec une escorte armée de kalachnikovs pour faire ses courses ! Je sais que le danger existe; même au collège, on nous met en garde contre les arnaques liées au web. Chaque prof a une anecdote d’un copain qui a une copine dont la cousine a un voisin qui... Je peux tout aussi bien me faire écraser en traversant la rue.


extrait de Je voudr@is que tu…, pp. 38-39, © Éditions Grasset-Jeunesse, 2011.


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