-- Tu sais quoi ? m'a dit Mélissa, d'une voix blanche.
-- Nada, ai-je répondu.
-- J'ai voulu t'appeler hier soir, mais, avec ton prof de père, j'ai pensé que tu devais être au courant.
Là, elle m'a inquiété. Qu'avait-il pu arriver d'assez grave pour qu'on ait dû prévenir mon père à la maison ? J'avais passé un week-end peinard devant mon ordinateur et mon père m'avait semblé plus calme. Il s'était même offert un cinéma le dimanche soir.
-- Daniel Fatucci est salement amoché, a poursuivi Mélissa. Il s'est fait agresser hier, près du parc, en rentrant chez lui.
Un grand frisson m'a parcouru. Fatucci avait enfin trouvé son maître et je devais avouer que j'en éprouvais, dans un premier temps, un plaisir fou.
-- Ben, on dirait que ça te réjouit ! s'est exclamée Mélissa.
-- Ce n'est jamais marrant de se faire amocher, mais ne crois-tu pas que Fatucci méritait une bonne leçon ? Avec toutes les conneries qu'il invente, ça devait lui arriver un jour, non ?
-- Il est à l'hôpital, Tommy. Nez fracturé, commotion cérébrale, deux côtes cassées; il a dû rencontrer quelqu'un qui le hait particulièrement fort pour se retrouver dans cet état.
-- Et on sait pourquoi il a été agressé ?
-- Non. C'est Aïcha qui m'a prévenue; elle habite pas loin de là et, quand elle a entendu les voitures de police, elle est allée voir ce qui se passait. Il paraît qu'on ne lui a même pas piqué son fric et qu'on lui a laissé son portable tout neuf. On l'a frappé pour le plaisir, c'est tout.
Mon père était-il déjà au courant ? Ça devait jaser ferme à la salle des profs ! Quand Mélissa m'a quitté pour raconter la nouvelle à Nuray qui venait d'entrer dans le préau, je suis allé jeter un coup d'oeil dans la classe de mon père et je l'ai trouvé en train d'enrager tout seul.
-- Eh, papa ! Tu sais quoi ?
-- Pourquoi crois-tu que je suis dans cet état ? Tu sais que ton éducatrice, Régine Berthelot, a trouvé de bon goût de me demander si ce n'était pas moi qui avais arrangé le portrait à Fatucci ? Et ça, devant plusieurs collègues ! Nom de Dieu, quelle conne!
extrait du Coupable rêvé © Editions Mijade, 2007.