A trente et un ans, Frank Andriat présente déjà une œuvre importante et
variée qui se caractérise par ce qu’André Gascht nommait dans Le
Soir, en 1976, «une écriture très moderne qui tire sa magie
de ses images et qui manifeste une fraîcheur et une pureté de pensée
très frappantes aujourd’hui.»
Lecteur boulimique, critique prolifique et lucide, Andriat s’intéresse
à tout ce qui touche à l’écrit : du slogan publicitaire aux traités
théoriques sur le langage. Son œuvre, pour le moment encore, se
cherche, d’où sa diversité. Poète, il a évolué du style touffu et imagé
d’Oiseaux de sang vers une langue plus simple et
allusive. Prosateur, il a suivi un parcours fort semblable : sa phrase
s’est élaguée. La volubilité de Lunettes fumées a
été remplacée par la clarté du Journal de Jamila,
par la précision incisive des textes rassemblées dans Hirondelles.
Mais, dans chaque livre, on retrouve le plaisir de jouer avec le mot :
Andriat s’intéresse beaucoup au côté ludique de l’écriture, d’où
l’humour qui apparaît dans plusieurs de ses textes.
Cependant, si Frank Andriat est intéressé par le côté esthétique de
l’écriture, ses livres, et surtout ses derniers, sont profondément
ancrés dans les réalités de notre époque : l’injustice sociale, la
problématique de l’immigration, les relations entre individus sont des
thèmes récurrents dans son œuvre. Cet intérêt pour l’autre trouve son
origine dans un profond souci de l’humain qui anime l’auteur depuis son
entrée en écriture. L’intimisme des premiers poèmes s’est élargi au
monde. Si, comme il le déclare dans un texte inédit, «le poète baisse
la culotte des mots avec fureur et fantaisie», pour Frank Andriat,
l’écrivain est aussi un éveilleur de consciences qui «a toujours un
revolver au poing». Une œuvre jeune encore, mais dont on peut bien
augurer.
Jean DEMAZY, in Dossiers L, 1990.
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