Frank Andriat est professeur de français dans un lycée de Schaerbeek,
près de Bruxelles. Professeur donc. Mais aussi, écrivain. Écrivain
à un point tel que sa passion a fini par déteindre sur ses élèves
: au fil des ans, trois de ses classes ont écrit et ont été
publiées. Sur des sujets aussi fondamentaux que la démocratie
et les droits de lhomme.
Des aventures exaltantes. Mais paresseux, sabstenir ! «Jagis
et puis parfois, je réfléchis.», plaisante Frank Andriat
lorsquil se revoit, en train de lancer linvitation à ses
élèves. Représentant la Communauté française
Wallonie-Bruxelles au Salon du livre de Montréal, le romancier se souvient
en effet fort bien des événements entourant la publication de
Frères, libres et égaux (un recueil de textes qui vient dêtre
lancé dans la nouvelle collections Couleurs, des éditions Memor).
«Je ne voulais rien leur imposer. Ils sont partis dans toutes les directions,
en particulier dans un genre de «dragonball» mettant en vedette
une carotte magique.», raconte-t-il. «Au bout de quinze jours, ils
mont dit trouver cela un peu con et mont demandé si je navais
pas une idée à leur proposer.» Comme par hasard (!), il
en avait justement une. En 1998, la déclaration universelle des droits
de lhomme fêtera son cinquantième anniversaire. Pourquoi
ne pas réfléchir, par écrit, sur le sujet ? Et sur le ton
désiré : intimiste, réaliste, fantastique, policier, absurde.
Le résultat ? «Il y a là-dedans des textes que jaurais
aimés écrire», indique Frank Andriat. Il le dit simplement,
et avec beaucoup de respect. Ses jeunes, il les aime. Il aime leur apprendre.
Autant quil aime apprendre deux.
De cet élève marocain, par exemple, qui dans Petit alphabet de
la démocratie, a raconté, sou le mot «racisme», comment
il changeait de trottoir quand il voyait une vieille dame venir vers lui : il
ne voulait pas lui faire peur. Ladolescent expliquait aussi comment, en
sortant de lépicerie, il se sentait obligé de lisser son
manteau pour montrer quil ne cachait rien dans ses poches. « Jignorais
cela. Les autres étudiants lignoraient aussi. Cela nous a tous
remués», murmure le romancier.
Car, ne loublions pas, Frank Andriat est romancier. Un romancier qui enseigne
ou un professeur qui écrit, selon la perspective. Dans la collection
Couleurs, quil est venu faire découvrir aux adolescents dici,
il signe deux titres : La forêt plénitude, un récit initiatique
tout en douceur et en tendresse et La Remplaçante, un roman réaliste,
«qui ne raconte pas ma vie de prof, car je nai jamais été
chahuté !» lance-t-il en riant.
Et on le croit : ne vient-il pas dexpliquer que, pour lui, le premier
pas vers lélève se fait en direction de lhumain et
du dialogue : «Après, la matière passe», assure-t-il.
Ainsi, La Remplaçante, raconté dune plume alerte et parfois
assez acérée, suit Raphaël et ses copains aux prises avec
madame Grivet, la remplaçante de mademoiselle Laurent (et les gars insistent
sur le «mademoiselle»), leur chouchou à eux. En quelques
mots, disons simplement quils décident de faire la vie dure à
l'intruse. Ils vont y parvenir.
«Certains enseignants ont trouvé ça scandaleux parce que
je donnais tous les trucs pour chahuter.», reconnaît Frank Andriat.
Les jeunes, ont par contre adoré lhistoire. Ont, donc, adoré
lire. Le temps (au moins) dun livre. Ce qui nest pas rien.
Sonia SARFATI, La Presse, Montréal, 25 novembre 1997.